Quantcast

Du ski à Montmartre, les chauffeurs Uber qui gonflent leurs prix, les transports et trafic perturbés : pourquoi les Parisiens se sentent si impuissants face à tant de neige ?

Par Pauline M.| 942 partages

Paris s'est endormie et réveillée sous la neige. Et comme les Parisiens n'étaient pas habitués à faire craqueler la neige sous leurs pieds, ils n'ont pas mis de côté leur originalité toujours grandissante. Descente des rues en raquettes, ouverture d'une station de ski à Montmartre, ils ne manquent pas d'imagination et le font savoir.

Mais si les Parisiens ont pris les chutes de neige en dérision, il semble que la ville de Paris et ses habitants n'étaient pas prêts à accueillir ces intempéries. Les transports sont perturbés, la compagnie de chauffeur privé Uber en profite pour gonfler ses prix, certains travailleurs ont renoncé à se rendre au travail. Parce qu’aller « tout schuss» au travail, c'est vraiment moins fun que de skier à la station Montmartre.

La neige, le fléau du Parisien

Ce matin, pour nombre de Parisiens, le réveil a certainement dû rimer avec surprise. Les rues ornées de blanc, les jardins recouverts de poudre blanche, les lieux emblématiques de Paris se sont faits petits, cachés par la neige qui s'y était accumulée pendant la nuit et les voitures, pour ne pas faire de jalouses, toutes redécorées en blanc. On avait presque envie de chanter le Paradis Blanc. Mais la surprise a très vite laissé la place au désenchantement.

De la neige à Paris ? Joie pour certains, synonyme de galères pour beaucoup d'autres. Comme chaque parisien n'a pas la chance de pouvoir se rendre au travail à pied, les utilisateurs des transports en communs, des scooters ou des voitures ont grogné. Et puis, la neige, ça se transforme vite en gadoue, c'est humide, on glisse et ça brûle le visage, bref, à Paris, personne n'est équipé.

Les moonboots sont dans le placard de mamie qui vit dans les Alpes, et la combi de ski pour aller travailler, ça ne se fait pas tellement. Ou alors, il faut se rappeler toutes les cinq minutes que non, « le ridicule ne tue pas ». Alors la dernière arme est de se plaindre. Se plaindre tout en grelottant sous sa doudoune achetée en cas de grand froid, censée supporter des températures négatives, les mains au bord de la gelure, et les cigarettes se transformant en stalactites. Tout est exagéré. La bonne excuse c'est que, la neige, aussi belle soit-elle, l'est certainement tout autant qu'elle se fait rare à Paris.

Les dernières tombées de neige de cette envergure remontent à 1987. C'est dire ! Pour peu qu'un Parisien n'ait jamais mis les pieds au ski, il peut se sentir émerveillé ou au contraire, angoissé. La peur de l'inconnu, en fait. Et puis, le Parisien, par essence, est râleur. Ne pas l'oublier. Mais là où le positif est à tirer, c'est qu'ils ont eu une imagination débordante et ont réussi à trouver comment faire de Paris sous la neige un Paris amusant, qui mine de rien, a permis de rassembler.

Paris sous la neige, c'est paris sans transports

Depuis ce mardi et les premières chutes de neige, les transports peinent à se frayer un chemin et plus globalement le trafic. Mercredi matin, la SNCF a tout simplement conseillé à ses utilisateurs de « reporter leurs déplacements ». L'un des porte-parole du réseau ferroviaire a indiqué que « le trafic ferroviaire sera très fortement perturbé toute la matinée en Ile-de-France avec moins d'un train sur deux en moyenne sur les lignes transiliens » et « des vitesses réduites sur les grandes lignes ».

La RATP, de son côté, annonçait un trafic légèrement moins perturbé que celui de la SNCF. Les lignes de tramway T5 et T6 étaient totalement interrompues. Côté métro, les lignes 2, 6 et 13 trois trains sur quatre qui circulaient, deux trains sur trois sur les lignes 4,5 et 9 et un train sur deux sur les lignes 8 et 12. Pour le RER, même combat. La ligne A disposait de quatre trains sur cinq et la ligne B comptait trois trains sur cinq.

Les chauffeurs Uber en profitent

Ah, ce cher Uber. Tantôt très utile, tantôt une arnaque qui tire profit des intempéries. La société se justifie d'une « demande très élevée », indignant le plus grand nombre de ses utilisateurs. Aller de la porte Maillot à la place de la Bastille ? Comptez 50 euros. Un avion à prendre ? Comptez entre 100 et 120 euros pour faire le déplacement de la place de la République à l'aéroport de Roissy.

Et lorsque l'on sait que dans la nuit du mardi au mercredi, des automobilistes, entre 1500 et 2000 ont passé la nuit sur la N118 où entre 1500 et 2000 et que cet axe routier restera fermé entre pont de Sèvres et Les Ulis jusqu'à jeudi midi, on comprend un peu mieux l'envie des Parisiens de rester au chaud pour évacuer toute source de stress et de se plaindre, encore et toujours de cette neige. 

Et du coup, le Code du travail, il dit quoi ?

Entre ceux qui se sont vraiment trouvés dans l'incapacité totale de se rendre au travail et ceux qui en ont certainement un peu profité, quels sont réellement les droits et devoir des citoyens piégés sous la neige un jour de travail ? Lorsqu’un épisode neigeux était totalement imprévisible, pas de quoi sanctionner. Mais en l’occurrence, les intempéries de cette semaine étaient bien annoncées. Et Matthieu Rouault, avocat spécialiste en droit du travail, a précisé auprès de BFMTV que « ce qui est compliqué, c'est qu'en théorie, vous êtes obligés d'aller travailler ce matin. il n'y a aucune disposition, dans le code de Travail, ni dans la jurisprudence ».

Pour l'avocat Frédéric Cazet, qui s'est exprimé au micro de RMC, il « paraît un peu difficile de dire à son employeur qu'on ne peut pas travailler à cause de la neige. En vérité, évidemment, il n'y a rien de prévu dans le Code du Travail ni la jurisprudence là-dessus. Par contre, on peut imaginer qu'il y ait une tolérance possible aux regards des conditions de circulation qui sont connues et qui peuvent être vérifiées. Autrement dit, un retard exceptionnel, parce qu'on est bloqué dans un embouteillage ou dans les transports, ne devra pas être considéré comme fautif. Dans ce cas-là, on ne peut pas résister au cas de force majeure.»

Quid du télétravail ? Eh bien, c'est généralement ce qui est recommandé dans ce genre de cas « de force majeure ». Considérée comme un jour travaillé, la journée de télétravail s'agit de l'alternative la plus facile pour satisfaire employeur et employé, tant qu'il est possible, évidemment, de travailler depuis chez soi.

Paris est devenue une aire de jeu

Les Parisiens ont plus d'un tour dans leur sac. Et ils l'ont démontré aujourd'hui, au détour d'une rue, à Montmartre ou au Trocadéro. L'un fait du snowboard, l'autre fait du ski... au pied du Sacré-Cœur. Un décor inédit, pour une descente inédite, qui n'a pas manqué d'être remarqué par tous les passants. Les vidéos valent le détour. Comme quoi, tout le monde ne fait pas que râler à la vue de la neige. Peut-être même que Montmartre et son funiculaire deviendront une vraie piste de ski ? À vous d'en juger, mais elle en a toutes les qualités (exceptée la neige toute l'année et tous les ans). 

Et dans toute cette euphorie, les provinciaux ont eux, été quelque peu ahuris par tant de folie animée par de la neige. Sur les réseaux sociaux, ils se sont donnés à cœur de joie pour moquer le comportement des habitants de la capitale. Le tout, de bonne guerre, évidemment. 

75 ans après le Débarquement en Normandie, ce vétéran américain refait un saut en parachute
Partager sur Facebook